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Hailé Gerima, une oeuvre entre deux continents |
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par Anne Crémieux*
Ceux qui connaissent Haile Gerima parce qu’ils ont vu ses films, parce qu’ils l’ont rencontré, parce qu’ils ont travaillé avec lui, vous feront certainement la liste de ses qualités parmi lesquelles sa générosité, son écoute et son implication pour la communauté, son esprit d’indépendance, sa détermination, sa persévérance, et surtout son éthique artistique et politique. Pour moi, ce qui m’a le plus marqué quand j’ai rencontré Haile Gerima et dans ce que j’ai pu voir de lui depuis, c’est son sens du relatif qui fait de lui un grand réalisateur, un grand professeur, un grand passeur.
Je m’explique.
Haile Gerima vous le dirait lui-même, pour un gamin d’un village d’Ethiopie, la reconnaissance qu’il a pu obtenir du public ou des producteurs est tout à fait remarquable, imprévisible, suffisante.
Qu’est-ce qui fait un grand réalisateur ? Sa reconnaissance publique ? Son succès institutionnel ? Un Oscar ? Une mesure absolue de son génie ?
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par Olivier Barlet*
L'Eléphant a eu une rage de dents, comme on dit en Côte d'Ivoire : le doyen des cinémas d'Afrique nous a quittés dans la nuit du samedi 9 juin 2007 à l'âge de 84 ans, des suites d’une longue maladie qui l’avait empêché de participer au Fespaco 2007 et d'occuper sa traditionnelle chambre n°1 de l'hôtel Indépendance de Ouagadougou. Portrait-hommage et questions autour de celui qui se définissait lui-même comme un mécréant.
Rien ne prédisposait le jeune Ousmane à devenir le maître du cinéma africain. Sa famille, des pêcheurs de Zinguichor n’étaient ni nobles ni fortunés. Mais lorsqu’il naît en 1923, la Casamance vient juste d’être « pacifiée », après trois siècles de résistance active. Il grandit ainsi dans un monde dominé mais qui ne cesse de lutter pour son émancipation. Sembène fera écho à cette tradition de lutte dans son roman O pays, mon beau peuple (1957) et son film Emitaï (1971), inspiré du refus de la reine Aline Sitoe Diatta de s’acquitter de l’impôt en riz levé par les colons français.
La violence coloniale, Sembène s’y oppose dès son jeune âge. Sa gifle légendaire à son maître d’école pour protester contre une accusation non-fondée alors qu’il n’a que 15 ans le ramène à la dureté de la vie de pêcheur : « A la suite de mon renvoi, mon père m’a appris à pêcher et à fumer la pipe. » Mais avec lui, Sembène apprend aussi la résistance : « Il aimait à me répéter qu’il ne sera jamais l’employé d’un Blanc ». (1) Formé à l’école de la vie, il sera maçon puis mécanicien à Dakar dès 1938. « L’habitude d’être au même endroit finissait par me saturer » (2) Sans doute sa passion pour les bandes dessinées et le cinéma participent-elle du même désir d’indépendance. Après deux divorces, il préférera de même ne plus se remarier. C’est dans le Dakar vichyste des années 1940 qu’il découvre le racisme et que naît en lui « le doux sentiment d’être un autre ». (3)
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